Vu sur le magazine de l'INSEE - Quant'île : de 1990 à 2011, la croissance de l'économie corse est la plus forte de France métropolitaine. Le produit intérieur brut (PIB) progresse de 2,3 % par an en volume, contre 1,4 % en France. La répartition sectorielle de son économie est atypique, sans équivalent parmi les régions métropolitaines, avec un tissu industriel très restreint et une économie fortement tertiarisée.

Sur cette longue période, l'économie corse connait plusieurs phases. Entre 1990 et 1997, elle enregistre une croissance inférieure à celle de province (1,0 % par an en volume contre 1,3 %). En revanche, depuis 1997, elle bénéficie d'un fort dynamisme : entre 1997 et 2008, sa croissance en volume est de 3,3 % par an (contre 1,8 % en province). Durant les premières années de la crise, entre 2008 et 2010, elle s'établit à 2,4 %, contre - 1,1 % en province. En revanche, l'année 2011 marque une nette inflexion, avec une croissance de seulement 1,0 % (contre 2,3 % en province).

Les activités tertiaires sont le principal moteur de la croissance insulaire. Depuis 1999, la construction contribue aussi à cette dynamique. La croissance économique de la région bénéficie également de l'accroissement de la population présente, résidente et touristique, ainsi que de la hausse de l'activité féminine. Ce caractère présentiel de l'économie associé à des caractéristiques sectorielles favorables constituent, au moins dans un premier temps, des boucliers face aux crises économiques.

De par ses caractéristiques, l'économie insulaire a été relativement protégée des effets directs de la récession. Sa forte tertiarisation et sa production industrielle (surtout agroalimentaire et énergétique) tournée vers la consommation locale, ont permis des créations d'emplois alors qu'il s'en détruisait partout ailleurs. Comme toutes les économies de services, la Corse a été faiblement impactée par la contraction de la demande mondiale et ses effets récessifs sur les exportations. Les secteurs d'activité les plus exposés à la crise internationale sont particulièrement sous-représentés sur l'île. C'est notamment le cas de l'industrie manufacturière. Le fort taux d'administration a pu également constituer un facteur de résistance. En effet, le secteur public pèse davantage en Corse que dans toute autre région métropolitaine.

En revanche, l'économie corse peut subir des effets de « second tour » décalés dans le temps du fait d'un pouvoir d'achat des ménages (résidents et touristiques) affaibli.

L'économie insulaire se caractérise aussi par la forte autonomie de ses entreprises. Rares sont les emplois insulaires dépendant d'un centre de décision externe, donc soumis à une contagion de la récession. Le caractère présentiel de l'économie corse constitue un autre facteur de résistance. En effet, la croissance démographique se traduit en partie mécaniquement en croissance économique puisque les résidents consomment, apportent une force de travail, voire créent des entreprises et participent au renouvellement économique. En Corse, la plupart de ces activités sont non-délocalisables (construction, petits commerces, tourisme etc.). Revers de cet effet stabilisateur, en répondant à une demande locale, l'économie présentielle ne bénéficie qu'assez peu des fruits de la croissance mondiale (par les exportations industrielles notamment), si ce n'est indirectement au travers des dépenses touristiques.

Les projections de population corse à horizon 2040 laissent entrevoir une modification substantielle de la structure par âge : le rapport entre la population des 65 ans ou plus et celle, en âge de travailler, des 15-64 ans passerait de 31 % en 2009 à 60 % en 2040 (contre 48 % en France de province). Mécaniquement, la part des actifs se réduira et se poseront alors de nouveaux enjeux, qui mobiliseront sûrement de nouveaux moteurs de croissance en lien avec le troisième âge. Les innovations et les nouveaux besoins (accès aux soins et aux services, services à la personne) vont faire naître de nouveaux services et l'accroissement de la demande nécessitera des adaptations structurelles.

► L'édition complète sur le site de l’INSEE Corse